Vous êtes ici

« À l’avenir, le véhicule autonome sera un réflexe gagnant pour une entreprise »

Alors que la voiture autonome trace peu à peu sa route, elle devrait devenir incontournable dans la prochaine décennie, marquant une véritable révolution dans le secteur automobile. Mais aussi dans le monde de l’entreprise où les impacts et enjeux pourraient être considérables. Décryptage avec Laurent Meillaud, expert en automobile et de la mobilité du futur.

 

Où en est l’évolution des véhicules autonomes aujourd’hui ?

Il existe 5 niveaux d’autonomie.

Le premier est déjà répandu parmi les véhicules commercialisés. Dans ce cas, l’ordinateur de bord peut prendre en charge lui-même la vitesse ou la trajectoire de la voiture. Le conducteur doit gérer l’une des deux fonctions, ainsi que tout le reste.

Le niveau 2 est le plus haut niveau autorisé en France actuellement. Le chauffeur peut ici déléguer au système la gestion de la vitesse et de la direction. Toutefois, il doit garder les mains sur le volant, demeurer responsable de la supervision et reprendre le contrôle total si nécessaire.

Le troisième niveau devrait prochainement faire son apparition en France – il est déjà légalisé entre autres en Allemagne. Il permet aux conducteurs de lâcher le volant à basse vitesse. Dans les bouchons par exemple. Tout en continuant à être vigilant.

Le niveau 4 permettra de laisser la voiture conduire, mais seulement si les conditions sont réunies : marquages au sol de qualité et capteurs n’ayant pas de défaillances majeures. Le conducteur ne sera pas obligé de garder un œil sur la route et pourra vaquer à ses occupations.

Enfin, avec le niveau 5, la machine prendra tout en charge, sans assistance humaine. Cela fonctionnera dans tous les cas de figure, par tous les temps, sur tout type de terrains. Aujourd’hui, ces véhicules n’existent pas encore. Mais les systèmes perfectionnent toujours plus et rapidement. Des expérimentations sont menées à travers le monde entier. Et les réglementations, à l’échelle française, européenne ou mondiale, évoluent dans le même temps. Le code de la route changera notamment une première fois à l’horizon 2020 pour s’adapter au niveau 3.

 

En quoi les voitures autonomes vont-elles impacter le monde de l’entreprise ?

Un véhicule autonome peut apporter plusieurs avantages en termes d’usages professionnels. Le premier d’entre eux concerne la sécurité. Ces systèmes sont plus prudents et fiables qu’un humain, qui peut parfois avoir des comportements à risque ou bien simplement fatiguer. De quoi minimiser les accidents, les infractions et apporter plus de confort aux salariés. Une conduite plus souple, régulière, aura aussi un impact sur la maintenance du véhicule. Par ailleurs, en respectant les limitations de vitesse, ces voitures intelligentes seront moins énergivores et donc plus respectueuses de l’environnement. Grâce à tout cela, elles permettront aux entreprises de faire des économies non négligeables.

 

Pour quels types de sociétés les véhicules autonomes pourraient être particulièrement adaptés ?

Par exemple, la navette autonome fait sens dans une entreprise comptant beaucoup d’employés et basée sur un site de grande envergure où il faut assurer une mobilité interne. Je pense à une centrale nucléaire qui fonctionne comme une ville en miniature. Si on y loupe le bus de l’entreprise, celle-ci paie son salarié à marcher d’un bâtiment à l’autre plutôt qu’à travailler. Alors qu’avec un système de transport plus souple, c’est plus pratique. Le véhicule autonome peut prendre les collaborateurs à la volée, tout au long de la journée. Cela permet une meilleure gestion du temps.

De façon générale, je pense qu’avec le véhicule autonome, nous serons moins dans l’idée de la voiture de fonction individuelle comme aujourd’hui – passant potentiellement pas mal de temps stationnée sur un parking -, mais plus dans une flotte partagée qui permettra de multiplier les trajets internes, collectifs, les missions et ainsi d’en faire une utilisation optimale. La Poste ou des collectivités pourraient être intéressées par une telle flotte. Dans un futur plus lointain, lorsque les véhicules auront atteint le niveau 5, cela pourra avoir un véritable intérêt pour les entreprises travaillant notamment avec de nombreux commerciaux circulant beaucoup. Les conducteurs pourront se reposer durant le trajet. Le gain sera alors vraiment en termes de sécurité et de confort pour le salarié. Aussi, on peut imaginer que celui-ci pourra d’ores et déjà préparer son prochain rendez-vous, passer des coups de téléphone, etc. Transformée en bureau mobile, la voiture garantirait alors une plus grande efficacité, une meilleure productivité.

 

Selon vous, la voiture autonome est-elle l’avenir de l’entreprise ?

Chaque entreprise aura à évaluer quels sont ses intérêts à investir dans cette nouveauté, entre ses coûts et ses gains. Sachant qu’un tel véhicule coûtera plus cher. Mais il y aura forcément un moment où le prix des capteurs baissera, où les logiciels seront plus abordables.

Certaines sociétés vont vouloir être pionnières dans le domaine. Au tout début, cela sera sûrement un pari. Mais, les années passant, je pense que cela sera sans doute un réflexe gagnant. A terme, elles auront tout intérêt à se doter de véhicules autonomes si elles veulent optimiser leurs activités. Quant aux réticences encore palpables, elles sont logiques. Il faut faire beaucoup de pédagogie, continuer à expérimenter pour proposer des véhicules toujours plus sûrs. Les mentalités vont évoluer au fur et à mesure. D’autant que l’automatisation sera certainement moins spectaculaire que ce que l’on pourrait croire. Les choses vont se faire progressivement.